17 avril 2024

Une étude en imagerie cérébrale révèle comment le cerveau attribue un rôle social à partir des parures et des peintures corporelles

Publié sur le site du CNRS Biologie : https://www.insb.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/quand-le-cerveau-decode-la-signification-sociale-des-ornements-du-visage

Depuis la préhistoire nous décorons notre visage avec des parures et des peintures pour communiquer notre rôle social. Un groupe interdisciplinaire de chercheurs appartenant à l’université de Bordeaux et au CNRS ont cartographié en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) les régions du cerveau impliquées dans l’attribution d’un statut social à partir de visages ornés de parures et de peintures. Cette recherche met en lumière les mécanismes cérébraux qui sous-tendent l’interprétation des marqueurs sociaux sur le visage humain, et fournit des informations précieuses sur l’évolution culturelle de notre espèce. Elle vient d’être publiée dans Brain Structure and Function.

Depuis au moins 150 000 ans, les humains modifient culturellement leur corps en portant des objets de parure et en utilisant des pigments. Ces pratiques ont constitué de puissants moyens de communication, exprimant l’identité, l’appartenance au groupe et le statut social. Pour identifier les processus cérébraux associés à l’attribution d’un statut social à partir des ornements faciaux, une équipe interdisciplinaire incluant des neuroscientifiques du Groupe d’Imagerie  Neurofonctionnelle (Institut des Maladies Neurodégénératives, Université de Bordeaux – CEA – CNRS) et des archéologues du laboratoire PACEA (Université de Bordeaux – CNRS – Ministère de la Culture) a exploré les mécanismes à l’œuvre dans le cerveau humain, en utilisant l’IRMf.
Les résultats de l’étude révèlent que plusieurs régions du cerveau sont impliquées dans l’encodage, l’évaluation et la catégorisation du statut social à partir de l’ornementation faciale. Le gyrus fusiforme, connu pour son rôle dans la perception des visages, joue un rôle crucial dans cette activité, permettant aux individus de reconnaître et de traiter les visages comme vecteurs d’une information sociale. Le cortex orbitofrontal, associé à l’évaluation sociale et à la prise de décision, est aussi activé lors de l’attribution du statut social.

Le réseau de la saillance, responsable de la détection et de l’intégration des informations pertinentes, a également montré une activité significative au cours de cette tâche.

Un autre résultat notable est l’activation de l’hippocampe et du parahippocampe, régions associées à la mémoire et aux capacités associatives. Ces régions facilitent probablement le rappel des expériences passées et la récupération des informations pertinentes nécessaires à la formulation de jugements sociaux basés sur l’ornementation des visages. Le gyrus frontal inférieur, une région impliquée dans le traitement du langage, a aussi montré une activité lors de l’interprétation des ornements du visage comme vecteurs d’information sur le statut social des individus. Cela suggère une proximité entre les processus liés à la compréhension du langage et ceux appliqués à l’interprétation symbolique des ornementation faciales.

En effectuant une analyse de la connectivité fonctionnelle à l’état de repos les chercheurs ont mis en évidence des interactions complexes et la coordination entre le gyrus fusiforme, le cortex orbitofrontal, le réseau de saillance, l’hippocampe, le parahippocampe et le gyrus frontal inférieur. Ces réseaux cérébraux contribuent collectivement à l’interprétation et à l’attribution du statut social sur la base de l’ornementation faciale.

Les résultats de cette étude constituent une avancée significative dans la compréhension des fondements cérébraux de l’attribution du statut social et de l’interprétation symbolique des marqueurs sociaux sur le visage humain. Les chercheurs proposent que ces connections devaient déjà en partie être en place chez les populations d’Homo qui utilisaient l’ocre rouge il y a 300 000 ans et ont dû atteindre un degré d’intégration proche du notre il y 140 000 chez les Homo sapiens, qui combinaient l’utilisation de l’ocre pour des peintures corporelles avec l’utilisation de parures en coquillage.

Left: Based on facial ornamentation, participants had to choose the person who best matched the proposed status from three possibilities. Right: Lateral and inferior views of brain activations triggered by the attribution of social status. (LH: left hemisphere, RH: right hemisphere, Inf: inferior view).

Reference

Salagnon M., d’Errico F., Rigaud S. Mellet E. 2024. Assigning a social status from face adornments: an fMRI study.
Brain Structure and Function

https://link.springer.com/article/10.1007/s00429-024-02786-4

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